L E S   F R E S Q U E S   D E   N I C O L A Ï   G R E S C H N Y

E G L I S E   S A I N T - L A Z A R E


 

L'Église St-Lazare du Mans possède des fresques exceptionnelles exécutées en 1956 par le grand artiste Nicolaï Greschny. Ces fresques sont d'inspiration orthodoxe et uniques au Nord de La Loire, elles sont impressionnantes par leur qualité artistique et bien conservées malgré les problèmes d'humidité.  L'Association a engagé et continue d'engager des actions pour résoudre ce problème et restaurer ces peintures.

 

 

 

L'association organise également  des visites guidées et a édité une brochure en 2010 sur leur histoire.                                            


  • Nicolaï Greschny

 

Cet artiste est né à Talinn ( Estonie) en  septembre 1912,  il est l'héritier d'ancêtres russes et religieux, peintre d'icônes et de fresques de père en fils. Il fait d'abord un parcours exceptionnel en exil d'un pays à un autre où il frôle plusieurs fois la mort  ( Russie, Allemagne – il est sur la liste noire des nazis-, Autriche, Italie, Belgique...).

Au moment de l'Exode en 1940, il arrive en France, à Paris ou il est arrêté sans papier. Il est, à cause de cela, fait  prisonnier dans un camp à Argelès-sur-mer dans le Sud de La France ; un camp d'où il s'enfuit pour se cacher dans la montagne noire. Il y est passeur d'hommes entre la frontière franco-espagnole et peint nombreuses chapelles pour survivre.

 Sur la vie et l'oeuvre de l'artiste, consultez le site des Amis de Nicolaï Greschny

Autoportrait de Nicolaï Greschny (en noir)
Autoportrait de Nicolaï Greschny (en noir)

Greschny a peint près de 40 000 m2 de fresques dans 90 sites repertoriés dans la brochure PLMO.

La chapelle de la Maurinié
La chapelle de la Maurinié

Après la guerre il demeure dans la région toulousaine et albigeoise où il s'installera jusqu'à la fin de ses jours. Il décède en 1985. Il repose à la Maurinié prés d'Albi dans le Tarn dans la chapelle orthodoxe construite par ses soins. (hameau où nous avons retrouvé son épouse et son fils également peintre de fresques et d'icônes).   



  • Pourquoi de telles fresques au Mans ?

 

A gauche du chœur, on peut remarquer des personnages représentés sous le manteau de la vierge , il s'agit de Mr & Mme Gustave Dubois, parents de Mgr Marcel Dubois. Ce dernier était né rue d'Eichtal et baptisé dans cette église. Il fut vicaire de la cathédrale du Mans, puis évêque de Rodez et enfin archevêque de Besançon.

En 1956, il souhaite faire un cadeau à la paroisse de ses parents et propose de faire décorer l'église. Il envoie Greschny qu'il avait beaucoup fait travailler à Rodez.

Nicolaï Greschny avec Jacques Boinais, un paroissien dans la cuisine du presbytère
Nicolaï Greschny avec Jacques Boinais, un paroissien dans la cuisine du presbytère

 

 

L'artiste vient donc créer ces fresques ici au Mans, fresques qu'il réalise en cinq semaines en août 1956. Greschny a donc représenté les mécènes à gauche de l'autel, comme la tradition des peintres de la Renaissance italienne.


  • La technique : la peinture murale A fresco
Restauration par Marie-Lys
Restauration par Marie-Lys

Il s'agit de peinture sur du mortier frais. "Fresco" veut dire frais en italien. C'est la même technique que celle des dessins des hommes préhistoriques : l'art mural par excellence.

La technique consiste donc à exécuter une peinture murale sur un enduit frais, constitué de chaux et de sable.  

C'est un procédé chimique spectaculaire. On fait d'abord un enduit grossier. Puis une seconde couche plus fine. La troisième couche est la peinture avec des pigments appliqués au pinceau.   Lorsque le travail sèche en quelques heures, il se produit une carbonisation et une partie de l'eau qui est sortie à la surface forme alors une pellicule.

La couleur est donc fixée à jamais par cristallisation. La réalisation de la fresque exige  rapidité et extrême habilité, ce dont Greschny était capable. Très brillant, l'artiste pouvait exécuter très vite et de mémoire son dessin.

La partie exécutée ne restant fraiche qu'une seule journée, Greschny travaillait donc par séquence appelée une giornate. On peut observer les raccords des giornate et on compte dans l'œuvre entière de St Lazare : 30 giornate ce qui correspond bien aux 5 semaines d'exécution de l'œuvre.



  • La présentation du chœur 

 

  • Le pantocrator

Lorsque l'on rentre dans l'église St Lazare comme dans les autres sites peints par Greschny, on est impressionné par l'image du Christ . C'est un pantocrator (du grec «  tout puissant »).                                                                                       

Le peintre obéit à une tradition byzantine : un Christ en gloire sous forme divine et non humaine . Il est dans une mandorle en forme ovoïde pour mieux exprimer sa grandeur et sa nature divine. Il est assis sur un trône (cérémonial de la cour de Constantinople). Il tient les saintes écritures dans sa main gauche et lève la main droite dans un geste codifié qui invite à la vie éternelle.


  • La procession

Le Christ est entouré de Marie à sa droite et de Jean-Baptiste à sa gauche qui annonce la venue de Jésus. De chaque côté, en procession : des prêtres et leurs acolytes représentés sous la forme d'anges portent les attributs du sacrifice eucharistique. La composition de la fresque fait penser aux représentations des fastes de Byzance. Les personnages sont debout et en mouvement comme une procession : celle de l'eucharistie. Ils portent les  objets de cérémonie : encensoir, croix, cierges etc.  Ceux-ci ont été, ici à St Lazare,  peints en doré et sculptés en relief par Greschny.

  • Les nuées & les anges et autres personnages du chœur 

Elles ressemblent à des nuages. Elles répondent à une double préoccupation : celle du croyant qui affirme la présence divine, et celle de l'artiste qui doit occuper l'espace et marquer son travail après sa giornate.

Au dessus du pantocrator : les 4 évangélistes : le lion : Marc , le taureau : Luc, L'ange : Matthieu, et l'aigle : Jean. Tout en hauteur : une main qui est le symbole de Dieu . De chaque côté : des anges portent les attributs, vêtements du prêtre et de l'évêque (celui qui a commandité les fresques).


  • La présentation des transepts

Il s'agit d'un dialogue entre l'ancien testament (Transept Nord) et le nouveau (Transept Sud).  Comme l'écrivait le théologien Augustin : Le Nouveau Testament est caché dans l'ancien et l'Ancien se dévoile dans le Nouveau. On a donc ici cet effet souhaité par Greschny qui avait une grande culture religieuse – il a fait des études de Théologie en Belgique et ses ancêtres étaient Popes (prêtres de l'Eglise orthodoxe). Ici à St Lazare, chaque image de l'ancien testament a sa correspondance géographique dans le nouveau.  

 

 

  • Transept Nord à droite : l'ancien testament 

 Abraham au chêne de Mambré - Abel tué par son frère Caïn - Le sacrifice d'Isaac -  Moïse nourrit le peuple -  Moïse frappe le rocher - La rencontre de Melchisedech - Le Christ appelant Samuel dans son sommeil – Adam & Eve mangeant le fruit défendu - Joseph & Jésus sur le bois de la croix (avec les outils du charpentier portés par un ange). Puis les ancêtres (la généalogie) de Jésus .


  • Transept Sud  à gauche : le nouveau testament 

 

Le repas d'Emmaüs - Les noces de Cana - La multiplication des pains - L'annonce faite à Marie - Jésus présenté au temple - La nativité - La cène - Jésus crucifié - La vierge Marie protectrice des parents Dubois.


  • Le décor et les personnages  locaux

 

Dans toutes ses créations, Greschny tient beaucoup à réaliser un décor et des personnages locaux. Ainsi vous remarquerez pour la scène de nativité, le décor de la rivière et de la cathédrale du Mans. De même les enfants qui sont sur les côtés des transepts et du chœur (nous avons retrouvés ceux–ci, en 2010 et ils nous ont raconté ce moment où l'artiste les avait fait poser). En plus des parents de l'évêque, nous avons aussi le personnage d'Adam pour lequel Michel Charpentier a servi de modèle. 

 


 

L'Association Patrimoine Le Mans Ouest a rédigé une brochure sur la vie de

Nicolaï Greschny,

son oeuvre et particulièrement les fresques de l'église

Saint-Lazare



Article Ouest-France - Inauguration des fresques en novembre 1956

 

La fresque en bas de l'autel a disparu à la fin des années 60

au changement de l'orientation de l'autel